Ian Kerr (Ph. D.)

Ian Kerr (Ph. D.)

Chaire de recherche du Canada en éthique, droit et technologie, Université d’Ottawa

Ian Kerr est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éthique, droit et technologie à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Il fait aussi partie du corps professoral de la faculté de médecine, du département de philosophie et de l’École des sciences de l’information de la même université. Auteur d’ouvrages et d’articles sur des sujets situés au carrefour de la déontologie, du droit et de la technologie, il poursuit des recherches sur deux grands thèmes, soit la protection de la vie privée et la surveillance, et les fusions humain-machine. S’appuyant sur son ouvrage Lessons from the Identity Trail, publié par Oxford University Press, ses travaux actuels sur la protection de la vie privée examinent les interactions entre les nouvelles technologies de surveillance des secteurs public et privé, les libertés civiles et les droits de la personne. Ses recherches les plus récentes, qui ont inspiré son nouveau livre Robot Law (écrit avec Ryan Calo et Michael Froomkin), se concentrent sur les implications juridiques et déontologiques de l’IA, de la robotique et des dispositifs implantables.

Les travaux de M. Kerr lui ont valu un financement de huit millions de dollars des trois conseils subventionnaires, notamment pour ses recherches les plus récentes dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la robotique, des organes artificiels et des appareils de renforcement médicaux. Son enthousiasme pour l’enseignement lui a mérité plusieurs prix et mentions, et ses cours ont suscité un intérêt qui déborde de nos frontières, si bien qu’on l’invite régulièrement à donner des exposés et à dispenser son enseignement dans les institutions les plus prestigieuses de la planète. M. Kerr a également signé avec d’autres Managing the Law: The Legal Aspects of Doing Business, un traité de droit commercial que potassent chaque année des milliers d’étudiants dans toutes les universités du Canada.


Les robots peuvent-ils envahir votre vie privée? | mercredi le 3 octobre à 11h15

Les machines commencent à devenir passablement autonomes. Elles détectent les conditions ambiantes, apprennent à partir des données qu’elles rassemblent ou qu’on leur fournit; effectuent des prévisions précises ou prennent des décisions sur les gens et les choses avant d’y donner suite sans aucune intervention ou supervision humaine. Conséquence? Les robots et l’IA sont sur le point de surpasser les spécialistes dans un nombre de plus en plus grand de tâches pointues comme la conduite automobile, les interventions chirurgicales ou les diagnostics médicaux. Du coup, certains s’emballent en songeant que les robots et l’IA finiront par surpasser l’être humain d’une façon spectaculaire, jusqu’au point, diront-ils certains, où on devra s’interroger sur des dimensions morales et juridiques.

Mais la loi actuelle ne voit pas les robots sous de tels angles. Prenons, par exemple les robots ou l’IA employés par les forces de l’ordre pour la surveillance de masse. Les lois protégeant la vie privée ne s’appliquent habituellement que lorsqu’une personne découvre ce qu’a appris un robot. Dans une opinion qui l’a rendu célèbre, le juge Posner a déclaré que les robots et l’IA ne peuvent envahir la vie privée parce qu’ils sont dénués de conscience. La plupart des magistrats et maints avocats pensent qu’étant incapables de cognition au sens humain du terme, les robots et l’IA ne peuvent envahir la vie privée, bref qu’il ne faut pas s’en inquiéter, à moins que des yeux humains ne se posent sur les données glanées.

Dans cet exposé, Ian Kerr, titulaire de la chaire de recherche du Canada en éthique, droit et technologie, remet en question ce point de vue classique dans une perspective juridique et déontologique. Selon lui, quand des systèmes comme Siri ou Alexa réussissent à échafauder des convictions à notre sujet, puis à agir sur la base de ces convictions, l’approche du juge Posner et d’autres dans son genre nous amène à la mauvaise conclusion sur les plans de la loi et de l’éthique.